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Camille Bertault

Biography

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Camille Bertault

Le titre de cet album est à la fois un clin d’œil, un pas de côté, une revendication : la traduction littérale de Giant Steps, l’historique standard de John Coltrane en 1959, dont Camille Bertault avait repris note à note le jeu de saxophone sur une vidéo YouTube – le début de son envol, au printemps 2015.
Sur l’album Pas de géant, elle transforme cet exercice virtuose en un prodigieux manifeste de chanteuse libre qui explique, partage et professe sa passion – l’étourdissante chanson Là où tu vas. Ce texte drôle, lettré, humble et provocant à la fois, elle a demandé à Ravi Coltrane le droit de le poser sur Giant Steps et de l’enregistrer – « Nous nous sommes rencontrés, je lui ai expliqué ma démarche et il a accepté. »
Sa démarche ? Des mots, des rythmes, des notes, une manière époustouflante de faire cavaler le sens sur une musique savourée au mieux de sa forme – à toute allure, en pleine douceur, en folle liberté. Au fond, Coltrane l’influence davantage que les chanteuses, même Betty Carter ou Ella Fitzgerald.
Mais il faut aussi tendre l’oreille vers les paradoxes sensibles qu’elle a écrit dans le texte de Certes (« Certes, il faut ne pas trop penser / Penser en s’remplissant la panse / De vide gras et d’existence / Et se concentrer sur sa chance ») ou vers la farce textuelle de Comptes de fées (« Elle c’est la fée, lui c’est le comte / Des contes de fées, il en raconte / Sur le contrat, il conte fleurette / Vite fait bien fait à fée Clochette »).
Et elle chante à tombeau ouvert l’aria des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, reprend Comment te dire adieu de Serge Gainsbourg ou les surréalistes Conne de Brigitte Fontaine et La Femme coupée en morceaux de Michel Legrand, écrit et chante en brésilien sur du Wayne Shorter et en français sur du Bill Evans…
Ses pas de géants vont dans dix directions à la fois, tissent les Double Six avec Helen Merrill, Claude Nougaro et Meredith d’Ambrosio, les films de Jacques Demy et Lambert, Hendricks & Ross, Jacques Loussier et André Minvielle… Elle résume : « J’ai voulu un album qui me ressemble au plus près plutôt qu’un album qui ressemble au plus près au genre auquel il appartient. »
Il est vrai que son bagage est celui d’une jeune femme de son temps, avec des racines emmêlées mais particulièrement solides. Son père est pianiste de jazz amateur et elle a toujours plus ou moins chanté à ses côtés. Mais, à huit ans, elle s’installe au piano et attaque le parcours complet du Conservatoire (Ravel, Debussy, Chopin, Scriabine) tout en tendant l’oreille avec passion vers le Brésil des stylistes (Elis Regina, Djavan, Cesar Camargo). Et elle écoute Jeff Buckley, Björk ou Fiona Apple, Léo Ferré, Barbara ou Serge Gainsbourg…
À vingt ans, révolte. Elle ferme ses partitions, bifurque vers la classe d’art dramatique, écrit et joue des pièces pour enfants. « J’ai commencé à chanter dans un style cabaret, entre le conteur et le comédien. Mais le jazz m’a rattrapée. » Le hasard la conduit à un concours du Conservatoire à rayonnement régional de la rue de Madrid, qui lui ouvre l’accès à une solide formation en harmonie, composition et chant jazz. Camille Bertault découvre la théorie derrière ses spontanéités, fusionne l’improvisation et ses joies de cabaret, revient à Ravel par le jazz – « le plaisir de réunir les étapes par lesquelles je suis passée ».
Les étapes suivantes se déploient naturellement : elle se film en chantant la partie de Coltrane sur Giant Steps et le buzz fait son œuvre.
Rapidement, un premier album s’enclenche, En vie, qui sort au printemps 2016. Ensuite, François Zalacain, le patron du label américain Sunnyside, lui fait rencontrer Michael Leonhart et Dan Tepfer. Le premier, trompettiste et multi-instrumentiste, va produire son nouvel album, le second s’installant au piano. « Tous deux sont francophones et portent vraiment intérêt au texte », se réjouit Camille Bertault, qui ne veut pas d’un album où la voix n’est qu’un matériau. Elle aime que retentisse la langue et beaucoup de ses compagnons sur cet album ont eu des aventures dans les parages de la chanson – Stéphane Guillaume au saxophone, Daniel Mille à l’accordéon, Matthias Malher au trombone, Christophe « Disco » Minck ou Joe Sanders à la basse, Jeff Ballard à la batterie.
Tous ensemble, ils ont fait mieux qu’un album qui ressemble au jazz, à la chanson ou à une fusion prédéfinie : Pas de géant est un album qui ressemble à Camille Bertault, à son encyclopédique culture du plaisir, à son goût des cascades, à sa sensibilité soyeuse, à son instinct de la voltige, à sa liberté inégociable. Coltrane n’avait pas prévu ça ; mais, là-haut, il doit vraiment sourire.

The album’s title is an homage, sidestep and claim all at once. It is the literal translation of Giant Steps, the legendary John Coltrane standard from 1959, which Camille Bertault made her own in a YouTube video, including every note of the saxophone solo and marking the start of her rise in spring 2015.
In the album Pas de géant, she turns this virtuoso exercise into a phenomenal, liberated vocal display, explaining, sharing and declaring her passion – the astonishing song Là où tu vas [Wherever You Go]. This funny, erudite text is both humble and provocative. She asked Ravi Coltrane for permission to put it over Giant Steps and record – “We met up, I explained my approach and he accepted”.
And what was her approach? Words, rhythms, notes, a staggering way of having its meaning rush around at breakneck speed over music at the top of its game; sweet, free and unbridled in style. In truth, Coltrane has a bigger influence on her than do singers, even Betty Carter or Ella Fitzgerald.
But it’s also worth listening out for the clear paradoxes she writes into the lyrics for Certes [Sure] (“Certes, il faut ne pas trop penser / Penser en s’remplissant la panse / De vide gras et d’existence / Et se concentrer sur sa chance” [“Sure, don’t think too much/Think while you fill your belly/With fatty nothingness and life/And concentrate on your luck”]). And then there’s the textual farce of Comptes de fées [Fairy tales] (“Elle c’est la fée, lui c’est le comte / Des contes de fées, il en raconte / Sur le contrat, il conte fleurette / Vite fait bien fait à fée Clochette” [“She’s the fairy, he’s the noble/He tells fairy tales/About the contract, he woos Tinker Bell/Quickly and masterfully”]).
And she sings the aria from Johann Sebastian Bach’s Goldberg Variations at full speed, covers Serge Gainsbourg’s Comment te dire adieu, the surrealist Conne by Brigitte Fontaine and La Femme coupée en morceaux by Michel Legrand, written and sung in Brazilian over some Wayne Shorter and in French over Bill Evans…
Her giant steps go in ten different directions at once, weaving Les Double Six together with Helen Merrill, Claude Nougaro with Meredith d’Ambrosio, the films of Jacques Demy with Lambert, Hendricks & Ross, Jacques Loussier with André Minvielle… Her thoughts: “I wanted an album which reflected me rather than one which reflected its own genre.”
It’s true that she is a young woman of her time with a tangle of solid roots. Her father is an amateur jazz pianist and she has always sung with him on and off. But at the age of eight, she sat down at the piano and set about the whole conservatoire experience (Ravel, Debussy, Chopin, Scriabin) while developing a passion for the vocal stylists of Brazil (Elis Regina, Djavan, Cesar Camargo). And she also listened to Jeff Buckley, Björk, Fiona Apple, Léo Ferré, Barbara, Serge Gainsbourg…
When she was twenty, she rebelled. She shut her scores, moved to a drama class and wrote and played pieces for children. “I started to sing in a cabaret style, somewhere between a narrator and actor. But it was jazz that bewitched me.” By chance she ended up at the Paris Conservatory which gave her solid training in harmony, composition and jazz singing. Camille Bertault discovered the theory behind her spontaneous creations, combined improvisation and her cabaret joys, came back to Ravel via jazz – “the pleasure of combining all the stages I had passed through”.
The next stages were natural: she filmed herself singing Coltrane’s part on Giant Steps and the buzz ensued. Soon afterwards in 2016 her first album, En vie [Alive], emerged. Then François Zalacain, head of American label Sunnyside, introduced her to Michael Leonhart and Dan Tepfer. Michael, a trumpeter and multi-instrumentalist would produce her new album while Dan would accompany her on piano. “They’re both French-speaking and interested in the text,” enthuses Camille Bertault, who doesn’t want to make albums where the voice just serves as an instrument. She likes lyrics to hold the limelight and many of her colleagues on this album have had their own adventures in song – Stéphane Guillaume on saxophone, Daniel Mille on accordion, Matthias Malher on trombone, Christophe « Disco » Minck and Joe Sanders on bass, Jeff Ballard on drums.
Together they have created more than an album just about jazz, vocals or some pre-set fusion: Pas de géant is an album about Camille Bertault, her encyclopaedic culture of pleasure, her taste for vocal cascades, her silky sensitivity, her tendency for acrobatics and her evident unbridledness. Coltrane couldn’t have seen her coming but he is sure to be looking down and smiling.